cinquantes ans d’ ambitions frénétiques

Chronique 

Cinquante ans d’ ambitions frénétiques ! 

«  Dix-sept pays africains fêtent cette année le cinquantenaire de leur accession à l’indépendance. Mais il n’y a rien à commémorer, estime Achille Mbembé. L’intellectuel camerounais appelle à une transformation radicale du continent, avec le concours de la communauté internationale. » N’empêche, je crois qu’il y a trop à dire. La preuve !

Le cinquantenaire de l’indépendance d’un pays  est un virage très important pour que nous en tournions les pages de sitôt comme nous l’impose l’actualité. J’ai éprouvé un plaisir certain dans le courant de ces jours-ci à écouter les flots de témoignages sur l’accession de notre continent à la souveraineté. Hélas, étant né de la dernière pluie, je me suis résigné à trouver refuge dans un des cours de mon professeur de Littérature et Civilisation Africaine M. Adrien Huannu, qui me fit toucher du doigt la profondeur de cette citation de Paulin Joachim, in Anti grâces ; qui confirme l’inquiétude du poète.  « O seigneur,  choisis pour ce peuple mien de bons bergers et non de frénétiques ambitieux qui ne travailleront que pour leur promotion au rang d’idoles ». Remontant le courant du fleuve.   

Pour la petite histoire, le 28 septembre 1958, le Dahomey vote oui au référendum instituant
la Communauté française.
La République du Dahomey est proclamée le 4 décembre.  Sourou Migan Apithy devient le  président du Conseil de gouvernement. Ainsi comme beaucoup de pays africains, le Dahomey indépendant (1960-1972) a accédé  à l’indépendance en 1960. Le 1er août, une nouvelle constitution est adoptée,  le chef de gouvernement, Hubert Maga, devient le premier président de la jeune république… Le 26 octobre 1972, est un nouveau tournant. Le commandant Mathieu Kérékou prend le pouvoir en  établissant un gouvernement militaire révolutionnaire. Le pays devient
la République populaire du Bénin (1972-1991). Il   adhère au marxisme-léninisme et le Parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB) est créé… En février 1990, une Conférence nationale abroge
la Constitution et met en place de nouvelles institutions pour une période transitoire : création d’un poste de Premier ministre, abandon de la référence « populaire » dans la dénomination du pays qui devient
la République du Bénin depuis 1991. 

Depuis son indépendance, le Bénin passe pour un champ d’expérimentations. Comme des alchimistes, les hommes politiques ont essayé toutes les formules, des plus saugrenues aux plus traumatisantes, pour gérer un pays qui a vécu sous le joug du régionalisme ayant pour corolaire l’instabilité permanente qu’on lui connait. Le pays compte à son actif sept coups d’État militaires entre 1963 et 1972, sans parler des tentatives avortées ! Par miracle, dans les années 1990, il s’est fait pionnier en faisant souffler le premier la trompette de
la Conférence nationale sur le continent. C’est la marche cahin-caha vers la démocratie, un luxe sous les tropiques, dit-on, qui s’amorce. Il est vrai qu’en dépit de l’ambition démesurée des fils de ce pays, cette nation n’a pas connu les affres de la guerre. Eu égard au real politique dans la sous région, il fait figure de bon élève.  Le combat contre la pauvreté n’a en tout ce temps-là de stabilité apparente, pu être déclenché à bon escient. Sur l’axe contractuel en économie, le Bénin, bien qu’il ait beaucoup d’atout, ne parvient pas à se tirer d’affaire. Pourtant il est un voisin du grand Nigeria, il est un pays qui s’ouvre sur la mer, il est un pays qui regorge de ressources humaines qui lui sont, peut-être nuisible. Chaque chef d’état invente sa formule magique pour marquer son passage à la tête du pays. Notre sous-sol est relativement riche. Le pétrole découvert l’an dernier peut, dans ce domaine, être une manne. Mais notre espoir, le vrai, repose sur l’agriculture que banalise la plupart  de ses bras valides qui fuient les campagnes pour la ville.

L’Homme blanc, il y a cinquante ans déjà, a juré que l’Homme noir serait incapable, indigne, et maladroit en étant indépendant. Ce défi- là devrait interpeler notre appétit insatiable à s’arroger des deniers publics, à s’éloigner des principes sacro-saints de la croissance, à s’unir. Mais hélas nous eûmes affaire,  cinquante ans durant,  qu’à de frénétiques ambitieux à la tête de nos jeunes nations alors indépendants sur papier. Au lieu de servir le peuple, les autorités ont très tôt fait de se servir. Cet affront, nous n’avons donc pas pu le laver malgré le poids d’un passé qui nous condamne en réalité à travailler plus que toutes les autres peuples. Le fait est simple. L’africain ne veut pas danser à son propre rythme. Le moindre président d’un petit pays de l’Afrique tient à rouler à bord d’un véhicule du même design, qu’un souverain occidental. Et les châteaux à Versailles, les nôtres n’en manquent pas d’en pâlir d’ambition. Le très vénérable président ivoirien Houphouët  Boigny peut en savoir quelques choses. Dieu merci que l’actuel guide du Changement, son excellence Boni Yayi ne convoite que des appartements. Ça, c’est moins coûteux qu’un château ! Lui, diriez-vous, est un homme sérieux. Quoiqu’un appartement à l’hexagone avoisine le milliard de nos francs. Je veux parler du procès qui l’oppose ces jours-ci à son compatriote Benoit Illassa qui l’accuse d’avoir acheté une résidence en France à partir des fonds peu orthodoxes. En attendant que les faits se confirment, j’ose dire,  bravo, mon chef, c’est l’émergence en marche !  Ça s’appelle cinquante ans de prouesse. Qui dit mieux ! En réalité, l’Afrique est à renaître ; de sa plus belle renaissance je vous dis. 

Par wilfried D. CRECEL

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