Littérature, Livre

« NEGRE SOUS LA NEIGE » de Wilfried CRECEL-AHANZIN, UN CRI SONORE DE LA POESIE BENINOISE

Littérature africaine

« NEGRE SOUS LA NEIGE » de Wilfried CRECEL-AHANZIN, UN CRI SONORE DE LA POESIE BENINOISE

 

De tous les temps, la poésie béninoise a exploité l’actualité nationale tout en pratiquant la critique sociale.

Paru aux éditions Publibook à Paris en 2010, cette œuvre chante trois périodes phares de l’histoire du  continent-ouest africain. De la pensée unique en passant par la conférence nationale jusqu’au renouveau démocratique. Elle offre une lecture plurielle en s’inspirant de l’actualité politique  (Le monarque déchu, Salut mon caméléon ; Changer de chauffeur) et de l’histoire des faits sociaux.

De cette œuvre béninoise qui a connu une diffusion internationale, passons en revue la critique qu’en fait Claudine BERTRAND, une poète américaine de renom, ayant séjourné sur le continent africain.  A Paris, le vingt-quatre Mars deux mille dix, la Poète canadienne, ambassadrice du Salon International des Poètes Francophones, et Lauréate du Prix international Tristan TZARA, donne sa réception de l’œuvre naissante qu’elle a préfacée.

Préface    de « Nègre sous la neige »

«  La poésie doit être faite par tous. Non par un » proclamait Lautréamont. Voici  une problématique qui est prise en compte par l’écrivain-poète Wilfried D. CRECEL dans une volonté de concevoir l’Afrique en dehors d’un cercle fermé. La littérature africaine, souvent méconnue, cloisonnée, s’ouvre grâce à l’apport d’artistes et d’écrivains qui tentent de « dire » le monde et s’engagent à émerger de la solitude étroite.

 

Si l’écrivain s’implique dans l’acte de « dire », il ne vise pas à « faire silence », pas plus qu’il ne tente d’énoncer, en une langue mystique, l’élan premier où la nature et l’homme étaient confondus. Pour CRECEL, ce n’est pas un art de « faire silence » qui le tenaille mais bien un art de « faire trace » à la manière des griots. Dire par le corps, c’est parler une autre langue qui se détourne du magma indifférencié ou de l’abus de mots. Cette espèce de saisie des choses tient d’une forme d’expression qui relie le geste au corps.

Il y a chez le poète CRECEL les exigences d’une éthique de la parole qui l’animent et battent au rythme de sa fureur de parler et d’écrire les bruits du monde africain. Ainsi, le poète déplace la question de la dépossession, elle se situe dorénavant entre « le dire » et « le taire ».

Et si la langue se délie, elle le fait à partir d’un silence tremblant en écho aux élans d’une « foi vaudou ».

La parole, chez celui-ci, devient flot, écoulement, blessure ouverte, épanchement où le corps se déploie en cris de révolte. Révolte contre la société, contre les injustices ou les inégalités dénoncées au long de son œuvre. Ce qui lui importe d’abord et avant tout, c’est une prise de conscience du peuple et de son identité propre. Cette politique de la parole tourne le dos au silence afin de laisser émerger drames, chants, légendes…

Si le poète se livre à une pratique de faire parler le silence et si celui-ci dévoile le langage en ses diverses manifestations, c’est pour mieux capter les mouvements de l’âme. Dans cet art du dire, pas de plagiat ! L’écrivain est une espèce utile où il théâtralise la parole orale, corporelle ou scénique. Imprégné lui-même de la culture africaine, le poète CRECEL fait sienne la tradition patrimoniale pour la réinvestir et lui octroyer une authenticité nouvelle. »

En dehors de la préface qui fait la part belle à l’œuvre, les éditions françaises Publibook sont allées dans la même veine.

La marque-page Prière d’insérer de l’œuvre

La Prière d’insérer, par son format et son extrême simplicité s’avèrent le support rêvé pour une nouvelle forme d’exhibition toute en nuances, un jeu de montré-caché qui bonifie le recueil. Bien réussi, elle s’impose comme un clin d’œil. À usage personnel, elle a su apporter piquant aux lecteurs. Ce texte manifeste un intérêt certain  au public. C’est par son envoi que la critique commence : «  »Aux âmes d’ici et d’ailleurs/Pour un avenir meilleur ». » elle ajoute : «  La quête versifiée du poète Wilfried D.Crecel embrasse les extrêmes: l’ici et le maintenant exultent dans une éternelle altérité à partir de laquelle l’auteur chante son attachement aux origines pour mieux tendre la main au devenir. Une paix lyrique, et une véritable bouffée d’oxygène! »

Le résumé du recueil précise de manière savante : « Chef de file du courant « surréflexionniste », Wilfried D.Crecel pose ses vers sur un air de slam. Avec lui, qu’il soit question d’appel à la paix perpétuelle, ou d’une inclination à l’agapê, la matière poétique se voit toujours subtilement mêlée aux réalités sociopolitiques. »

Le jeu est fait. Auteur de « Nègre sous la neige », (2010), recueil poétique en satyre socio-politique,  Wilfried CRECEL-AHANZIN demeure un majeur poète béninois de sa génération.  Il s’inscrit dans la droite lignée de ses ainées comme Paulin KOKOU JOACHIM, (Anti-Grace  1967), Eustache Prudencio, Jérôme Carlos, Nouréini Tidjani-Serpos, Barnabé Laye. 

 

MORCEAU CHOISI

Texte

Dernière heure

Le soleil a cessé de se lever

Dans mon petit ciel mental.

La lune a cessé d’éclairer,

Les jours de mon coin natal.

Dans la ferme ancestrale

Où mon père est enterré

La terre a refusé de tourner.

2

Les incantations prononcées,

Les menaces proférées,

Ont achevé ton corps

Dont la bière a coûté de l’or.

Les soins se sont révélés vains.

A la lisière de l’au-delà,

Où tu prenais du sang rouge au vin

Loin des tiens en débandade ce jour-là

3

Papa avant de partir a donc raison

Quand il disait qu’à l’horizon

L’œil qui a vu le soleil dans son lit

Un jour sera à coup sûr enseveli.

O Fatalité insatiable, que tu sais si nuire

En brisant les cœurs d’autrui.

Il a suffi dans notre cour ton ingérence,

Pour que soit ce ballet de condoléance.

4

La nuit m’a lésé.

Le canari s’est brisé.

Les larmes coulent

Des paupières frêles.

La vie m’a brisé aux lèvres

La calebasse d’eau fraîche.

 

Wilfried CRECEL, Nègre sous la neige, « Dernière heure », Publibook, Paris, 2010, PP.85-86 ( fragment) 

 

 

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