Bon sang, un demi- siècle déjà que l’Afrique a accédé à la souveraineté internationale. Pourtant les pays de ce continent en mal de vision, ne cessent de salir leur pieds dans de mauvais chemin. Le récent dénouement des élections en Côte d’Ivoire en dit long. Le pays est militairement, politiquement, et financièrement coupé en deux, par-ci, des contre-gouvernements installés, par- là. Le président Laurent Gbagbo replie son autorité sur la région la plus riche, celle où il est majoritaire et peut tenir -- socialement et financièrement -- en attendant que l’orage passe. De quoi espérer donc que la « communauté internationale » s’habitue au hold-up sur l’élection, comme elle s’est habituée aux généraux birmans. En réalité, le Front populaire ivoirien, parti présidentiel (FPI), n’arrive qu’ à la troisième place, en terme de popularité, fort du soutien d’un groupe ethnique minoritaire, les bétés. Pour gagner une élection présidentielle, le FPI a besoin de s’allier avec l’un des deux plus grands partis : le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, d’Henri Konan Bédié) ou le Rassemblement des républicains (RDR, d’Alassane Ouattara). Cependant, ces deux formations sont restées unis contre lui au sein du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), la majeure coalition d’opposition, malgré sa tentative soit de les fragiliser, soit de nouer une alliance avec eux. Or, sans être bête à manger du foin, le patron sortant des ivoiriens a longtemps cru que les groupes ethniques qui supportent traditionnellement le parti de l’ancien président Henri Konan Bédié voteront pour lui plutôt que pour son rival Alassane Ouattara qui a des liens avec la rébellion. Mais à sa grande surprise, les élections du 28 novembre dernier lui ont prouvé le vrai visage du pays.
Maintenant que la stratégie électorale de l’enfant chéri des bétés a échoué, il convient que nous lui collons la paix en l’aidant à recouvrer dignement sa dignité de monarque déchu.
Par ailleurs, la grave crise qui secoue la Côte d’Ivoire doit connaitre au plus vite son dénouement. Les deux candidats au second tour de la présidentielle, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, se moquent du peuple. M. Gbagbo, au pouvoir depuis dix ans, a été proclamé vainqueur de la présidentielle avec 51,45% des suffrages par un Conseil constitutionnel acquis à sa cause, qui a invalidé les résultats de la Commission électorale indépendante (CEI), donnant son rival Alassane Ouattara en tête avec 54,1%. Une investiture que la communauté internationale condamne à l’unisson. Ça ne tombe qu’une fois le siècle, un télégramme envoyé en novembre 2009 par Charles Rivkin, ambassadeur des Etats-Unis à Paris, à son administration, est parvenu à nous. Ensemble, nous allons le déguster en sachant gré à Wikileaks, dont le responsable est en prison : « Pour ce qui est de l’Afrique, La France peine à mettre en pratique la rupture prônée par Sarkozy. Ceci découle en partie du fait que lorsque des crises liées à la gouvernance ont éclaté dans plusieurs pays francophones, notamment en Mauritanie, au Gabon, à Madagascar, au Niger, en Guinée, la France a privilégié de manière expéditive le maintien de l’ordre ancien au détriment des principes plus nobles« . C’est justement contre cet ordre que le président ivoirien sortant M. Laurent GBAGBO, en partie s’est rebellé. Il symbolise la résistance contre le néo- impérialisme. Son pêché mignon est d’avoir ignoré qu’il n’est ni en position de force, ni au bon moment pour mener un combat quelconque contre le colon. Au regard de la situation ivoirienne actuelle, force est de constater que la notion de »noblesse » américaine s’est fort bien adaptée à la « manière expéditive » des nostalgiques colons français. Les alléchants gisements de pétrole au large des côtes ivoiriennes sont-ils totalement étrangers à l’intérêt commun d’Obama et Sarkozy à vouloir installer, au forceps, un homme entièrement à la solde de l’Occident à la tête de
la Côte d’Ivoire? Je suis d’avis que le président Laurent Gbagbo a perdu de la plus belle manière les élections, conscient que son entêtement à vouloir s’accrocher au fauteuil ne témoigne que des soubresauts d’un animal blessé, qui se débat avant d’expirer. Tant mieux, s’il en appelle déjà de lui-même au dialogue. La communauté internationale a grand intérêt à lui frayer une porte sereine de passage : armistice. Les puissances de ce monde ne peuvent pas après l’avoir laminé, le priver encore de pleure. Au moins l’armistice pour le prince du charmant des bétés. Accentuer la pression sur Gbagbo pour l’obliger à céder son fauteuil est une cause noble. Mais ne pas lui accorder l’armistice est une parjure. Bon courage à tous ceux qui, pour faire respecter la volonté du peuple, démocratiquement exprimée, choisissent les armes de la paix, pour que la vie économique du pays s’en sort victorieuse. Par Wilfried AHANZIN-CRECEL













