« Ouvrir une école, c’est fermer des prisons » Victor Hugo »
Chronique : Conakry, le bouc émissaire
Sékou Touré, le premier président de la Guinée, laisse à sa prospérité un héritage assez lourd. Pour la petite histoire, cette ancienne colonie française est le seul territoire d’outre-mer à voter « Non » au référendum sur la constitution de la dite communauté. Il a fait de son mieux pour barrer la route aux colons en compromettant leur intérêt, jusqu’à forcer la main aux français qui ont fait accéder son pays à la souveraineté déjà le 02 octobre 1958.
Tous les anciens présidents français ne manquent pas, la plupart du temps, de rappeler à leurs successeurs que la patrie mère n’est rien sans les colonies.
Une guerre intestinale est donc livrée sans merci à tout président rebelle des tropiques. La répression est faite de sorte que l’ancienne colonie surtout les territoires français d’outre mer, préférerait la dépendance à la souveraineté. Alors, il n’y a d’autre alternative pour mieux gérer que d’être leur Homme.
Très souvent les candidats favoris aux élections présidentielles en Afrique sont, dit –on, désignés en Europe. Ce n’est pas pour rien que le successeur d’Omar Bongo, doyen de la Francafrique serait connu d’avance à l’Elysée.
Moussa Dadis Camara, le chef de la junte refuse de faire le jeu de la France. Il l’apprendra à ses dépends. Pour avoir massacré plus d’une centaine de personnes lors d’un meeting de protestation au stade de Conakry le 28 septembre, raison de plus, il a été accusé de crime contre l’humanité. Un ami m’a dit que « les Français sont de véritables incendiaires. Ils mettent le feu sous les tropiques. Puis ce sont les mêmes qui commencent par jouer aux sapeurs pompiers. » Mais à chacun son jugement de valeur ? Vouloir rejeter le tort des maux qui minent tout un continent sur un seul pays, allons! Ça doit peser trop sur la patrie mère. Je ne veux pas m’embrasser de ces histoires de peur de me retrouver devant la Haute Cour de Justice. N’étant pas un croque mort, il y a longtemps que j’évite ces discours de crime de guerre, crime contre l’humanité, crime contre la chasteté. Et puis la France, attention, est capable de tuer une mouche avec un marteau!
De facto, le dessein inavoué de la France est que ses colonies indépendantes ne soient jamais citées comme un modèle de bonne gouvernance. La démocratie doit être un luxe pour les Africains. La pression que Sékou Touré a fait sur de Gaule n’est-il pas toujours puni au fil des âges. Cela passant comme un affront difficile à pardonner !
Attaques violentes contre le colonialisme français, sortie tapageuse de la zone franc (2 mars 1960), accusation de complot (21 avril 1960, 16 novembre 1965, 12 mars 1969), emprisonnement de Guinéens mariés à des Françaises, célébration du départ du général de Gaule, sont des apparents manquement dont ces arrières petits fils en font jusqu’à ce jour. Il ne peut pas en être autrement.
Cet homme audacieux est à la base du vent de décolonisation qui a soufflé sur l’Afrique des années 1960. Ce qui a engendré une perte de devises immenses pour l’occident. Pourquoi il y a – t – il tant de violence en Guinée mieux que partout ailleurs dans les colonies francophones ! Tout semble être bien préparé à l’avance pour précipiter le pays dans le décombre auquel l’a voué ces anciens dirigeants.
Un pauvre chef de la junte, Moussa Dadis Camara, qui se fait prendre au piégé de ses conseillers suspects en faisant couler tant de sang! Des morts à faire parcourir le corps de frisson, au lendemain du 28 Septembre. Avouons-le, ça n’honore pas l’Afrique.
Au-delà de tout, le péché mignon de la junte au pouvoir est de vouloir narguer Paris. Que les nouveaux dirigeants de la guinée soient des hommes en uniforme, cela ne gène point. Mais qu’elle aille signer un contrat dans le domaine minier avec Pékin, cela dérange les intérêts de la patrie mère. Je comprends maintenant l’intérêt subit qu’ils éprouvent pour ce pays. Je comprends maintenant la raison pour laquelle il y a tant d’acharnement contre les membres du Conseil National pour la démocratie et le développement, la coalition au pouvoir. Plutôt que de les diaboliser, pour avoir fait le choix du pays à qui ils vont brader leurs ressources minières, la communauté internationale ferait mieux de faire comprendre au nouveau dirigeant de la Guinée qu’après la présidence, il y a une nouvelle vie. Plus intéressante! Pas celle de la justice internationale.
C’est cette route que la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest doit indiquer aux caciques du régime militaire qui doivent aussi répondre de leur forfait. Le président Blaise Comparé, le facilitateur de cette crise semble l’avoir compris. Ce faisant, l’Afrique aurait eu le mérite d’être venu au secours d’un bouc – émissaire… D’un vrai bouc émissaire qui ne mérite pas d’être tant traité du plus grand enfant malade de l’Afrique … je vous dis.
Wilfried Crecel






